Cinéma

Viktor

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C STILL1

Sourd depuis l’enfance, Viktor vit dans la campagne de Kharkiv et nourrit une fascination pour la figure du guerrier samouraï. Lorsque l’invasion russe débute, son imaginaire héroïque de la guerre se heurte à la violence du réel. Refusé à l’enrôlement en raison de sa surdité, Viktor s'engage comme photographe et entame une quête pour trouver sa place dans un conflit qu’il ne peut pas entendre. Le film esquisse le portrait d’une fragilité masculine, où les fantasmes de virilité se fissurent au contact des destructions et de la mort.

Co-produit par le réalisateur Darren Aronofksy, Viktor a notamment été présenté au Festival international du film de Toronto (TIFF).

Compétition internationale - longs-métrages

Je suis un réalisateur et chef opérateur français basé à New York. En 2011, ma vie a pris un tournant inattendu lorsque j’ai été gravement blessé par un lance-roquettes alors que je documentais la guerre civile en Libye. J’ai passé neuf mois à l’hôpital, période au cours de laquelle j’ai perdu une partie de ma main droite et l’audition de mon oreille droite. Vivre avec une surdité unilatérale a profondément transformé ma perception du monde, y compris ma manière de percevoir le son et le silence. C’est cette perspective qui m’a conduit à explorer le monde d’un homme sourd confronté au chaos de la guerre et aux cicatrices profondes et invisibles que la guerre laisse sur la communauté des personnes sourdes et malentendantes.

Mon film est un long métrage documentaire sur un homme sourd ukrainien nommé Viktor, désespéré de trouver sa place dans le monde pendant l’invasion brutale de son pays par la Russie. C’est une histoire d’appartenance, de résilience et de lutte pour survivre dans un monde qui est d’une brutalité sonore pour certains et douloureusement silencieux pour d’autres. Le parcours de Viktor explore sa transition entre la romantisation de la guerre et la compréhension de ses dures réalités. Il réalise que la violence n’est pas une fin en soi mais seulement un moyen nécessaire de défense face à l’agression dans une guerre brutale. Cependant, s’inspirant des principes des samouraïs, il choisit un autre chemin — axé sur l’amélioration de soi, la force intérieure, la compassion, et sur sa contribution à l’effort de guerre depuis sa vie civile.

La décision de Viktor de partager son histoire et de montrer ses vulnérabilités pour le film, surtout dans le contexte de la guerre, démontre un courage et une résilience incroyables. Viktor et moi avons développé une méthode de communication unique combinant le russe des signes de base (que j’ai appris spécialement pour ce projet), des notes écrites et des supports visuels. Pendant les presque deux années de tournage, j’ai fait de la confiance de Viktor une priorité en le tenant régulièrement informé de l’avancement du projet et en répondant à toutes ses préoccupations. Ce partenariat constant a permis à Viktor de se mettre en avant en toute confiance, assurant que son récit soit raconté avec authenticité et soin.

Travailler seul comme réalisateur dans une zone de guerre a été un énorme défi. Gérer le son, la réalisation et la photographie dans un environnement aussi imprévisible demandait une vigilance extrême et une adaptabilité constante. Concilier la sécurité de Viktor et la mienne avec la nécessité de capturer l’histoire ajoutait une complexité supplémentaire pour maintenir ma vision artistique dans des conditions très dangereuses et stressantes. Malgré des ressources et un effectif limités, et un environnement incroyablement tendu, mon objectif a toujours été de trouver la beauté au milieu de l’horreur et de créer des images saisissantes qui traverseront le temps. J’espère avoir réussi.

L’aspect sonore de l’histoire était une partie essentielle de VIKTOR. Notre collaboration avec l’équipe oscarisée de Sound of Metal, Nicolas Becker et Keikki Kossi, rejoints par Peter Albrechtsen, a permis de créer des paysages sonores uniques et une expérience auditive intense et très originale. Le travail approfondi de Becker avec la communauté sourde et malentendante, ainsi que ses techniques de conception sonore innovantes, nous ont aidés à plonger le public dans le monde de Viktor.

En tant que réalisateur ayant perdu une partie de mon audition sur le champ de bataille, retourner en zone de guerre pour raconter l’histoire d’un homme sourd a été un voyage profondément personnel pour moi. C’est une histoire qui reflète mes propres combats. C’est une manière de me reconnecter à mes propres défis et de montrer la force qui naît de l’adversité, à travers l’objectif de ma caméra.

Réaliser ce film a représenté un risque incroyable, tant pour moi que pour Viktor. J’espère qu’il contribuera à sensibiliser à une communauté trop souvent oubliée, surtout en temps de guerre, et montrer que même pendant l’invasion insensée de l’Ukraine par la Russie, ses citoyens les plus vulnérables peuvent rester debout avec courage et défi.

- Olivier Sarbil

Olivier Sarbil

Filmographie :
On the President’s Orders (2018)
Mosul (2017)

Olivier Sarbil est un réalisateur de documentaires français multi-récompensé et un directeur de la photographie deux fois lauréat d’un Emmy®. Au cours des deux dernières décennies, il a travaillé de manière intensive au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, couvrant certains des conflits mondiaux et des enjeux sociaux les plus urgents de notre époque.

En 2011, sa vie prend un tournant inattendu lorsqu’il est grièvement blessé par une grenade propulsée par roquette alors qu’il documente la guerre civile en Libye. Loin de l’éloigner de son engagement, ces blessures renforcent sa détermination à continuer de raconter des histoires qui approfondissent la compréhension de la condition humaine, dans toutes ses contradictions.

En 2018, Olivier réalise le long métrage documentaire salué par la critique, On the President's Orders, qui documente la violente guerre contre la drogue aux Philippines et lui vaut une nomination aux Emmy Awards dans la catégorie Meilleur documentaire. Variety décrit le film comme « une expérience entièrement cinématographique et sensorielle, où un reportage frontal est électrisé par des éclairages urbains crus et une bande sonore urbaine paniquée ».

Pour son film précédent, Mosul, Olivier passe six mois intégré aux forces spéciales irakiennes combattant l’État islamique. Le documentaire qui en résulte offre un regard saisissant sur le conflit en cours et remporte un Emmy pour la meilleure photographie, tout en étant également nommé aux Emmy Awards pour le meilleur documentaire et aux BAFTA pour la photographie. The Guardian qualifie le film de « portrait stupéfiant du combat urbain et réflexion captivante sur la vérité universelle et éternelle de la guerre».

Notes biographiques fournies par l’équipe du film