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Grâce au généreux appui financier de la Fondation Famille Pierre Lassonde, nous sommes fiers de faire paraître Jacques Payette, artiste de l’intime et du temps qui passe. Cet ouvrage magistral en deux volumes est signé par l’historien de l’art John R. Porter. Pour l’occasion, M. Porter nous donne un avant-goût de cette plongée approfondie dans l’univers sensible et singulier de Jacques Payette, figure marquante de la peinture québécoise contemporaine.

Ce fut pour moi tout un défi d’arriver à cerner un artiste aussi atypique et polyvalent qui aura flirté avec l’abstraction, le pop art, l’Arte povera, le surréalisme, l’art conceptuel, les ready-made et les installations!
Et que dire d’un homme à tout faire, amoureux de la matière, qui aime aussi bien le bois que la cire de l’encaustique, ce matériau qu’il aura su recycler sans relâche? J’aurai néanmoins fini par y voir clair en identifiant deux thèmes universels qui traversent l’œuvre de Payette de bout en bout : l’intime et le temps qui passe.
Jacques Payette est un créateur à part entière qui vit de son art à Montréal. Il est né dans l’est de la ville en 1951, au sein d’une famille modeste. Autodidacte talentueux, il sera d’abord associé au courant de la nouvelle figuration.
Représenté par différentes galeries réputées, il expose régulièrement ses œuvres dans la métropole et ailleurs, au pays et à l’étranger. Il suscite l’intérêt de critiques respectés qui apprécient aussi bien son esprit inventif que sa personnalité attachante.
Ses dessins, tableaux et sculptures figurent aujourd’hui en bonne place dans des centaines de collections privées ou d’entreprises au Canada, aux États-Unis et en Europe. On les retrouve également dans nombre de musées, d’institutions publiques ou de galeries universitaires au pays. À lui seul, le Musée national des beaux-arts du Québec en possède 19 qui s’échelonnent de 1979 à 2004, sans compter 20 photographies acquises en 2024.

« Mon ami [Jacques] n’aura cessé de me surprendre comme dessinateur et comme peintre, puis comme photographe avec la publication de son coffret de quatre volumes en 2023. […] Réalise-t-on que cet artiste autodidacte a signé plus de 3 800 œuvres originales – sans parler de ses quelque 100 000 photographies […]? Toute une performance pour cet homme authentique et sans prétention qui préférera toujours travailler sept jours sur sept entre les quatre murs de son atelier plutôt que de se plier aux petits rituels des cercles d’initiés des milieux de l’art. » – Pierre Lassonde
Dans sa postface, la journaliste et analyste Lise Bissonnette a elle aussi été interpellée par la singularité du cheminement de Payette. Elle rappelle au passage que son regretté conjoint Godefroy-M. Cardinal l’avait encouragé dès ses débuts.
« Partons de la photo, prise par Jacques Payette, de la maison natale de sa mère issue de la misère du Faubourg à m’lasse. Allons jusqu’à la publication, en édition fabuleuse, d’une célébration de son œuvre par un historien de l’art et un muséologue du plus haut niveau en notre pays, un John R. Porter qui y aura consacré sept ans de travaux. […] John R. Porter a déchiffré de façon magistrale les thèmes du temps et de l’intime, surgis de l’être même de l’artiste, de ses choix voulus ou survenus dans sa façon constante, entêtée, d’habiter son monde. » – Lise Bissonnette
Pour sa part, la directrice des collections et de la recherche au Musée national des beaux-arts du Québec, Eve-Lyne Beaudry, conclut sa préface en rendant un hommage bien senti à cet artiste. Elle en avait présenté l’œuvre il y a 15 ans, à titre de commissaire de l’exposition Capturer le temps.
« Je suis enfin redevable à cet être extraordinairement profond qu’est Jacques Payette pour sa sensibilité, son ouverture et la grande générosité dont il a fait preuve en partageant le récit de sa vie artistique à travers les pages du livre qui lui est consacré. » – Eve-Lyne Beaudry
L’ouvrage met également en lumière l’importance et la place souvent méconnue de la figuration dans l’histoire de l’art contemporain et actuel. Le récit nous éclaire sur les milieux dans lesquels plusieurs de nos artistes auront évolué depuis les années 1970.
Il nous ouvre les portes de différents ateliers, dont ceux de Sylvie Gélineau, Louise Robert et Michel Goulet, sans oublier ceux de Jacques Payette à Saint-Martin de Beauce, au 4060 du boulevard Saint-Laurent, au 4375 de la rue De Bullion et ailleurs.
Il nous informe en outre sur le rôle décisif de galeristes comme Laurent Tremblay, Madeleine Forcier, Denyse Delrue, Michel Tétreault, Jean-Pierre Valentin ou Jacques Bellefeuille, ainsi que sur le travail de médiation essentiel de différents critiques d’art.
Au total, c’est un horizon de découvertes de toutes sortes qui s’offre au lecteur, y compris le quotidien d’un artiste exceptionnel.
L’ouvrage Jacques Payette, artiste de l’intime et du temps qui passe est en vente à la Librairie-Boutique du Musée national des beaux-arts du Québec au prix de 125 $. Fruit de plusieurs années de travail, la publication comprend deux volumes de grand format réunis dans un coffret et totalisant 612 pages et 427 figures.
Selon la volonté du Musée et de la Fondation Famille Pierre Lassonde et dans une perspective de partage et d’accessibilité, des exemplaires de cet ouvrage ont déjà été remis gratuitement à une centaine de musées, galeries, universités, bibliothèques et centres d’exposition au Québec et au Canada.