Le goût des américains

Petite histoire (de l'art) par Jean-Pierre Labiau, conservateur aux arts décoratifs et aux expositions, MNBAQ,
3 octobre 2013

Le goût des américains

 

Jean-Pierre Labiau, conservateur au MNBAQ et coordonnateur de l'exposition "La collection William S. Paley. Un goût pour l'art moderne" explique le rôle fondamental des grandes fortunes américaines dans l'introduction de l'impressionisme et du postimpressionnisme aux États-Unis.

 

Huit expositions, qualifiées à l’époque d’"expositions des artistes indépendants", aujourd’hui plus communément appelées "expositions impressionnistes", se sont tenues à Paris entre 1874 et 1886, parallèlement au Salon officiel. Bien que dominées par des artistes impressionnistes comme Monet, Pissarro ou Caillebotte, ces expositions réunissaient aussi Degas, Cézanne, Gauguin et plusieurs autres. Cette peinture allait connaître un immense succès auprès des collectionneurs américains et c’est en grande partie grâce à ces derniers que les impressionnistes allaient jouir, au 20e siècle, d’une reconnaissance internationale.

Le goût des Américains pour l’impressionnisme et le postimpressionnisme se développe dès la fin du 19e siècle. Louisine Havemeyer, souvent considérée comme l’initiatrice de cette passion, se lie d’amitié avec Mary Cassatt alors qu’elles séjournent à Paris. Cassatt lui présente Degas et Manet puis les marchands d’art Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard et Théodore Duret. Son mari, Henry Osborne Havemeyer, magnat du sucre, partage ses goûts, et leur collection de tableaux éveille bientôt l’intérêt des Vanderbilt, Rockefeller, Frick et autres richissimes familles américaines pour les impressionnistes. À la suite de Mary Cassatt, ce sont Gertrude Stein et son frère Leo qui, au début du 20e siècle, guident les Américains venus à Paris.


En 1886, Paul Durand-Ruel présente une première exposition impressionniste à New York. Il y fait de fructueuses affaires, malgré les avertissements répétés de Claude Monet, qui doutait profondément de l’intérêt d’exposer ses œuvres en Amérique. En 1913, l’Armory Show propose pour la première fois aux États-Unis un nombre important d’artistes postimpressionnistes – parmi lesquels Toulouse-Lautrec, Cézanne, Van Gogh – et modernes, comme Duchamp, Picasso et Braque. L’exposition a l’effet d’une bombe, et elle contribuera largement à diversifier le goût des collectionneurs. Dans son sillage, plusieurs collections se constituent sur la côte Est, dont celles des Clark, du Dr Barnes, de Duncan Phillips, de Chester Dale ou encore des soeurs Etta et Claribel Cone.


Déjà de leur vivant, la plupart des grands collectionneurs prévoient l’avenir de leur collection en planifiant le legs de leurs œuvres à des musées. Ainsi, les Havemeyer cèdent leur collection au Metropolitan Museum de New York, Chester Dale fait don de ses œuvres à la National Gallery de Washington et les sœurs Cone au Baltimore Museum of Art. Quant aux Phillips, Barnes et Clark, ils ouvriront chacun leur propre musée respectivement à Washington en 1921, à Merion, près de Philadelphie, en 1922 et à Williamstown en 1955.


William S. Paley entreprend sa collection au début des années 1930. Il fréquentera Pierre Matisse, le fils du peintre, mais aussi Pablo Picasso. Comme ses prédécesseurs, il lèguera sa collection à un musée, le Museum of Modern Art de New York. Un choix qui allait de soi puisque, dès 1937, il siège sur le conseil d’administration de l’institution, et ce, pendant plus de cinquante ans, assurant même la présidence de 1968 à 1972.

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