Hommage au peintre Fernand Leduc

Nouvelles par Line Ouellet, directrice générale, MNBAQ
30 janvier 2014

Hommage au peintre Fernand Leduc (1916-2014)

 

En 2006, je terminais ainsi mon essai sur la rétrospective de Fernand Leduc au Musée national des beaux-arts du Québec : « Au contact de Thérèse et de Fernand, j’ai appris que l’enthousiasme, la vivacité, le désir de poursuivre la recherche sur sa voie n’ont pas d’âge. Certes, le rythme se modifie, mais l’objectif demeure le même : agir selon sa nécessité intérieure. Un programme pour la vie : je les en remercie. » 

Quelques jours avant son décès, Fernand, à 97 ans, sur son lit d’hôpital inondé d’un soleil de l’hiver montréalais, m’a donné, en compagnie d’Isabelle, sa fille, une dernière leçon, magistrale. Isabelle et moi le tenons par la main, il est très amaigri. Il ferme les yeux et tout son visage rayonne. Lorsque je m’approche de lui, il me confie me voir comme derrière un voile et reconnaître mon sourire et l’ovale de mon visage. Il est extrêmement lucide et s’exprime avec une grande précision, sans s’arrêter malgré l’effort :

L’amour, c’est ce qu’il nous reste. Même quand il n’y a plus rien, il y a l’amour. Disons-le, l’amour c’est l’essentiel, il faut s’aimer. J’ai tant aimé et je suis aimé par ma chère Isabelle, par mes proches et tant d’autres. On n’a pas besoin d’être des proches pour s’aimer. Il faut le dire : aimez!

Puis, il nous a raconté ses voyages de Montréal à Québec pour venir enseigner à l’Université Laval au cœur de l’hiver avec parfois une visibilité nulle et il riait. Il a refermé les yeux et nous a confié :

Avec la chaleur de vos mains, je suis là et je suis bien, oui, je suis bien, merci, merci.

J’étais suspendue à ses lèvres, émue aux larmes, touchée par cette sagesse qui lui permet de vivre le moment présent quand on sait que c’est la fin. Il me dit en riant :

Vous savez, quand même, dormir c’est fatigant!

Fernand nous a quittés dans son sommeil le lundi 27 janvier vers minuit, en nous laissant ce formidable message, « aimez-vous ». Je tenais à le partager et, du fond du cœur, à lui dire merci pour son œuvre de lumière et pour sa lumineuse sagesse.


Line Ouellet
Directrice générale, MNBAQ
 

3 Commentaires

Merci pour ce partage de lumière et d'amour ... Merci !

Michelle Joannette

Merci de nous faire partager ces moments précieux vécus avec lui.je ne l'ai pas eu comme professeur quand j'ai étudié à la tour des arts mais j'ai eu la chance d'avoir Marcelle Ferron qui avait elle aussi signé le refus global. J'en garde un souvenir inestimable. Mes plus sincères sympathies à la famille Leduc

Raynald Guay

Merci pour ce magnifique et si simple partage.....aimer......mais oui...tout simple.....merci

Francine METTHÉ

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