Passion hivernale | Suzor-Coté (5 de 5)

Petite histoire (de l'art) par Anne-Élisabeth Vallée, détentrice d'un doctorat en histoire de l'art de l'UQAM
4 avril 2016

La collection d’œuvres d’art de l’homme d’affaires et philanthrope Pierre Lassonde, présentée dans l'exposition Passion privée, est le fruit de l’exercice de l’œil averti du collectionneur, qui avance patiemment, ne voulant acquérir que ce qu’il y a de mieux. S’en dégage également un amour pour le paysage, et plus particulièrement pour les scènes d’hiver, cette saison qui définit véritablement le Québec.

Nous souhaitions aborder ce sujet du paysage hivernal dans une série de billets de blogue décrivant près d'une vingtaine d'œuvres présentées en salle d’exposition.

Pour cet article, Anne-Élisabeth Vallée, détentrice d'un doctorat en histoire de l'art de l'UQAM décrit Vieille cabane à sucre de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté.

Suzor-Côté, Vieille cabane à sucre
Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, Vieille cabane à sucre (s.d.). Huile sur toile, 71,8 x 94,6 cm. Collection Pierre Lassonde.

 

Dans Vieille Cabane à sucre, Suzor-Coté évoque l’activité traditionnelle de la fabrication du sirop d’érable au printemps, sans toutefois insister sur son caractère folklorique. Au centre de la composition, la cabane rudimentaire en planches est bordée de cordes de bois enneigées qui permettront de faire bouillir l’eau d’érable afin de la transformer en sirop. Cependant, nulle trace ici de cette transformation, contrairement à plusieurs images contemporaines montrant le cultivateur à son chaudron. Seul indice de l’exploitation de l’érablière : les arbres défeuillés ont été entaillés, puisque l’on remarque la présence discrète de seaux fixés à certains troncs.

Mis à part ce détail anecdotique, la composition est entièrement consacrée à la transcription picturale de l’expérience sensorielle vécue par l’artiste devant ce paysage qu’il a certainement eu l’occasion d’observer. Si la cabane et les érables du premier plan, d’un brun saturé, sont brossés presque en aplat, l’effet de la lumière qui vient dissoudre les formes à l’arrière-plan est rendu grâce à des touches verticales aux nuances dominantes de mauve et de saumon, appliquées d’un geste nerveux. L’artiste parvient en outre à traduire les reflets nacrés de la neige à l’aide de petites touches horizontales où s’entremêlent les teintes pâles de violet, de jaune et de bleu.

Aucun renseignement ne nous est parvenu sur les circonstances entourant la réalisation de cette toile. Plusieurs cultivateurs des Bois-Francs exploitaient des érablières, mais le lieu dépeint pourrait aussi se trouver non loin de là, dans le sud des Cantons-de-l’Est, où l’un des amis de l’artiste possédait une terre. Suzor-Coté représente d’ailleurs en 1913 la cabane à sucre de cet ami dans Érablière, ferme Edgewater (coll. Power Corporation du Canada). Le peintre s’inspirera du temps des sucres à d’autres occasions dans sa carrière, notamment en 1914 dans La Bénédiction des érables (Club Saint-Denis, Montréal).

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