Marie-Emma Lajeunesse, dite Madame Albani

Petite histoire (de l'art) par Maude Lévesque, conservatrice de la CPOA et responsable de l'engagement public
8 mars 2017

Le MNBAQ a souligné le 125e anniversaire du Club musical de Québec par la présentation de deux œuvres marquant la richesse de la vie musicale des 19e et 20e siècles , du 10 octobre 2016 au 8 mars 2017.Ces œuvres représentaient madame Emma Albani (1847 – 1930), une célèbre cantatrice canadienne qui offrit plusieurs prestations à Québec, dont une en 1906 au Manège militaire, à l’occasion de sa tournée d’adieu.

La présentation de ces œuvres soulignait également le travail de préparation du redéploiement des collections d’art moderne et d’art ancien, prévu à l’été 2018, et mettait en lumière l’important chantier de restauration en cours au Musée. En effet, bon nombre d’œuvres d’art requièrent des interventions avant leur exposition en salle. Le tableau Marie-Emma Lajeunesse, dite Madame Albani a été présenté aux visiteurs malgré sa mauvaise condition, pour permettre une meilleure compréhension des enjeux de conservation, mais également pour illustrer l’importance du travail effectué par les restaurateurs d’œuvres d’art.

Présentation d'oeuvres Emma Albanie au MNBAQ

Ce tableau, bien qu’il représente une personnalité importante de l’histoire du Québec, a été réalisé en France par William Hicok Low, un artiste américain – ce détail est important pour le MNBAQ, dont la mission est de conserver l’art du Québec. Depuis plusieurs années, le Musée tente de faire restaurer ce tableau dont l’état de conservation est détérioré, mais l’origine de son créateur et son lieu de production ne nous permettent pas de prioriser cette œuvre.

Notes de Claude Belleau, restaurateur au Musée, à propos de l’état du tableau Marie-Emma Lajeunesse, dite Madame Albani de William Hicok Low:

« La toile est desséchée. Elle se détache en partie du châssis et accuse de nombreuses déformations, notamment sur les angles et la partie supérieure. On note une déchirure d’environ 10 cm de longueur dans la partie inférieure, à gauche. Une autre déchirure, plus ancienne, a jadis été sommairement réparée et retouchée, à droite du personnage. Le visage et le fond ont aussi été surpeints à l’occasion d’une ancienne restauration. L’épais vernis est oxydé, jauni et fortement encrassé. »

Biographie d'emma albani

Emma Albani, née Marie-Louise-Cécile-Emma- Lajeunesse (Chambly, Québec, 1er novembre 1847 – Kensington, Angleterre, 3 avril 1930). Elle est l’une des sopranos les plus célèbres du XIXe siècle et du tournant du XXe et la première cantatrice canadienne à devenir une vedette internationale.

Elle est la fille de Mélina Mignault et d’un musicien professionnel, Joseph Lajeunesse. Elle commence ses études musicales à quatre ans, auprès de ce dernier. Deux ans après la mort de sa mère, en 1856, elle poursuit son éducation dans un couvent, qu’elle quitte en 1865. Sa famille déménage alors à Albany, New York, où elle devient une chanteuse populaire et gagne l’argent pour continuer ses études. En 1868, elle part pour l’Europe, où elle étudie avec Gilbert-Louis Duprez et change son nom en Emma Albani.

Elle fait ses débuts à l’opéra le 30 mars 1870, à Messine, jouant Amina dans La Sonnambula de Vincenzo Bellini. Emma Albani est immédiatement invitée à Malte pour jouer dans divers opéras, et l’année suivante elle signe un contrat de cinq ans avec Frederick Gye, le directeur du Covent Garden. Elle amorce sa carrière londonienne en 1872, avant d’entreprendre des tournées en Russie et aux États-Unis. Le 6 août 1878, elle épouse Ernest Gye, le fils de Frederick Gye. L’année suivante, le couple a un fils, prénommé Frederick-Ernest.

Reconnue autant dans les opéras que dans les récitals, Emma Albani compte à son répertoire 43 rôles dans 40 opéras, italiens, français et allemands. Elle a connu une carrière éblouissante pendant près de 40 ans et a attiré l’admiration de milieu musical international. Travailleuse acharnée et rapide, douée d’une voix hors du commun, elle a mis son talent au service de la musique de son époque. Elle a été la première d’une série de chanteurs canadiens à se produire sur les grandes scènes lyriques. Elle a ainsi ouvert la voie à des artistes comme Jeanne Maubourg, François-Xavier Mercier, Béatrice La Palme, Pauline Donalda, Joseph Rouleau, et plus particulièrement à Sarah Fischer, qui fut son élève, et à Éva Gauthier, avec qui elle travailla. Elle a reçu de nombreuses distinctions, notamment, en 1897, la médaille Beethoven (médaille d’or remise par la Royal Philharmonic Society de Londres) et la médaille d’honneur commémorative du jubilé de la reine Victoria. En 1925, elle est devenue dame commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique.

Lors du cinquantième anniversaire de sa mort, en 1980, le Canada a produit un timbre-poste en son honneur. Emma Albani apparaît aussi sur un vitrail dans la station de métro Place-des-Arts, à Montréal.

Références bibliographiques

  • ALBANI, Emma, Mémoires d’Emma Albani, traduit de l’anglais et annoté par Gilles Potvin, Montréal, Éditions Le Jour, 1972.
  • LABRÈCHE-LAROUCHE, Michelle, Emma Albani, la diva vedette mondiale, Montréal, XYZ éditeur, 1997.
  • VACHON, Pierre, Emma Albani, Montréal, Éditions Lidec, coll. «Célébrités», 1999.

Information sur les oeuvres présentées

William Hicok Low
Albany (New York), États-Unis, 1853 – États-Unis, 1933
Marie-Emma Lajeunesse, dite Madame Albani
1877
Huile sur toile, 226,4 x 126,2 cm

Prince Viktor Hohenlohe-Langenburg
Langenburg, Allemagne, 1833 – Londres, Angleterre, 1891
Marie-Emma Lajeunesse, dite Madame Albani
1890
Marbre, 73,5 x 43,5 x 32,5 cm

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