Le fabuleux destin d’un tableau de Trois-Rivières

Petite histoire (de l'art) par MNBAQ
20 avril 2017

Parmi les tableaux impressionnants qui seront présentés cet été au MNBAQ à l’occasion de l’exposition Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins – organisée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de Rennes, en France, pour souligner le bicentenaire de l’arrivée au Canada des tableaux Desjardins – vous pourrez admirer une œuvre trifluvienne: L’Apothéose de saint Paul ou Le Ravissement de saint Paul.

Le tableau de Joseph Légaré (1795–1855), d’après l’œuvre du peintre italien Giacinto Calandrucci (1646-1707), a été décroché aujourd’hui de la cathédrale de Trois-Rivières afin d’entreprendre son voyage jusqu’à Québec pour qu’il fasse partie de la sélection officielle de l’exposition estivale du MNBAQ. L’œuvre au destin fabuleux, classée bien culturel en 1975, orne la cathédrale de Trois-Rivières depuis 2014.

L’Apothéose de saint Paul

Quand l’original survit grâce à Légaré

Il faut préciser que le tableau original qui a inspiré Légaré est arrivé à Québec en 1817. Il a été acquis la même année par la fabrique Notre-Dame de Québec et placé immédiatement dans l’église. Considéré comme un des chefs-d’œuvre de la cathédrale, le tableau a été détruit dans l’incendie de la basilique Notre-Dame de Québec le 22 décembre 1922. Seules les copies du peintre permettent aujourd’hui d’avoir une idée de l’aspect du tableau original de Calandrucci dont le parcours européen, avant son arrivée à Québec, demeure un mystère.

Le fabuleux destin d’une œuvre de Joseph Légaré

Commandée en 1822 pour l’église de l’Immaculée-Conception de Trois-Rivières et cédée en 1909 à l’église Saint-Philippe de Trois-Rivières suite à l’incendie de la première église le 22 juin 1908, elle fut transférée à la cathédrale de Trois-Rivières en 2014. Cette huile sur toile, de 220 cm par 150 cm, a fait l’objet d’une restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec en 2005. Le sujet est tiré de la deuxième épître aux Corinthiens où l’apôtre raconte qu’il fut transporté jusqu’au troisième ciel, au paradis, où il entendit des paroles indéfinissables.

Le curé canadien Louis Marie Cadieux (1785-1838), amateur d’art, a commandé cette œuvre à Joseph Légaré en même temps que Saint Pierre délivré de prison par un ange créant ainsi une paire honorant les fondateurs de l’Église. L’œuvre s’est donc retrouvée dans l’une des plus belles églises du Canada à l’époque, dont le décor fut malheureusement détruit en 1908.

Trois copies réalisées entre 1820 et 1822 par Joseph Légaré témoignent de l’intérêt pour cette toile au Bas-Canada. L’enthousiasme du peintre se manifeste dans l’exubérance avec laquelle il reprend et souligne les détails des drapés et module sa palette. Le copiste en est à ses premières armes et démarque sans discernement la composition surchargée. Le dense groupe central ploie sous la charge de la nuée et des anges traitée dans une matière picturale saturée. Les formes se confondent et le saint se mêle à l’ensemble.

Comment l’artiste procédait-il pour réaliser ses copies? Dans ce cas, Joseph Légaré pouvait avoir accès à l’original au Séminaire. Est-ce qu’on l’a décroché pour qu’il puisse l’observer de plus près et le transcrire ou réalise-t-il cette commande à partir d’une première version? Une hypothèse permet de croire que le peintre se soit servi d’un calque qu’il employait comme carton et qu’il réutilisait d’une copie à l’autre. Comment était organisé son atelier qui lui permettait de loger des œuvres de grand format? Ces questions et bien d’autres se rapportant aux étapes de réalisation des copies à partir des tableaux du fonds Desjardins demeurent sans réponse.

Joseph Légaré, en bref

Peintre, propriétaire foncier, seigneur, galeriste, homme politique et juge de paix, Joseph Légaré est né le 10 mars 1795 à Québec, et est décédé le 21 juin 1855 dans sa ville natale. L’arrivée à Québec, en 1817, des toiles acquises par l’abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins, en France, semble avoir eu une incidence décisive sur l’orientation de la carrière de Légaré. Au cours des premières années de sa vie artistique, il exécuta un grand nombre de copies de toiles ou de gravures religieuses européennes.

Il a connu une carrière active en reproduisant des tableaux de maîtres pour plusieurs églises du Québec. Le métier de copiste, plutôt mal considéré aujourd’hui, avait autrefois une importance capitale avant l’apparition de la photographie. Combien de chefs-d’œuvre, détruits par de fréquents incendies, nous ont été accessibles grâce à des copies. Le métier exigeait des qualités techniques comparables à celles des peintres créateurs.

Crédits:

Joseph Légaré (Québec, 1795 - Québec, 1855), d’après Giacinto Calandrucci (Palerme (Italie), 1646 - Palerme (Italie), 1707), L’Apothéose de saint Paul ou Le Ravissement de saint Paul, 1822. Huile sur toile, 220 x 150 cm. Trois-Rivières, Évêché. Restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec © Photo: Michel Élie - CCQ - 2005

Consultez l'ensemble des oeuvres de Joseph Légaré dans la collection du MNBAQ.

Consultez le compte Twitter du MNBAQ pour voir les photos du décrochage.

 

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