Expo 67 dans la collection du MNBAQ

Petite histoire (de l'art) par Marie-Hélène Raymond, édimestre et gestionnaire de communauté, MNBAQ
26 avril 2017

Dans une édition de mars-avril 1967 du magazine Print, on publiait un article de Martin Fox intilitulé "Expo 67: A Design Laboratory". On pouvait y lire ceci notamment ceci:

Expo a permis une espèce de laboratoire de design, ce qui devrait être le but ultime de toute exposition internationale. Ses architectes, ses ingénieurs, ses paysagistes, ses designers graphiques ont tous pu expérimenter des concepts novateurs en aménagement urbain. 

Plusieurs de ces concepts, de ces maquettes et de ces objets font aujourd'hui partie de la collection du Musée national des beaux-arts du Québec. Voici deux oeuvres à voir dans l'exposition Arts décoratifs et design du Québec.

LE MÉTRO DE MONTRÉAL

Texte: Paul Bourassa, commissaire de l'expositon Arts décoratifs et design du Québec.

Au début des années 1960, Montréal connaît une intense période de modernisation qui voit la réalisation de grands boulevards et d’autoroutes ainsi que la construction d’importants édifices publics et privés, dont la Place-des-Arts et la Place-Ville-Marie. Expo 67 et le projet de métro, approuvé en 1961, contribuent à ce formidable essor. Le chantier du métro débute au printemps 1962 et le système de transport souterrain sera prêt à temps pour l’Exposition universelle. Les deux sont intimement liés: les matériaux de déblaiement pour les tunnels du métro servent littéralement à l’« émergence » de l’île Notre-Dame pour Expo 67.

La conception des voitures du Métro de Montréal est l’œuvre de la firme de Jacques Guillon. De petit gabarit, chaque wagon possède quatre portes de chaque côté et l’aménagement intérieur favorise un flot rapide des usagers par la disposition des sièges en « L » : bancs simples de part et d’autre des portes, bancs doubles dos à dos au centre, dans l’allée. La technologie sur pneumatiques, quant à elle, comporte également divers avantages : roulement plus silencieux et plus confortable, décélération plus rapide, capacité de gravir des pentes d’une inclinaison de 6%, ce qui a permis entre autres la traversée du fleuve.

Pour en arriver à ce résultat, Jacques Guillon fait appel à l’ingénieur et designer d’origine américaine Morley Smith, qu’il a rencontré quelques mois plus tôt. Smith travaille alors sur les plans et réalise cette maquette qui servira lors des nombreuses présentations. Une version pleine grandeur sera par la suite construite, entre février et octobre 1963. Cette dernière sera exposée lors d’un événement tenu au Palais du commerce, où le public sera appelé à voter sur la couleur de la voiture. Alors que Jean Drapeau opte pour une combinaison de blanc et de rouge, couleurs emblématiques de la Ville, Jacques Guillon privilégie un bleu « sale », plus facile d’entretien.
Le design joue un rôle primordial dans de multiples aspects de la vie. Le transport public bénéficie ainsi d’une approche qui place l’usager au centre des préoccupations des concepteurs. La firme de Jacques Guillon s’est également illustrée dans le domaine du transport ferroviaire en concevant le train « LRC » – léger, rapide, confortable – (fig. xx), avec son lot de technologies novatrices et un soin particulier porté au confort des passagers. Ces deux maquettes témoignent, à échelle réduite, de moyens de transport public qui, au quotidien, font partie de ce qui définit la société québécoise. Elles sont, au même titre que plusieurs autres objets, propres à une époque et à un lieu bien précis et peuvent être considérées comme des signes culturels importants.

Crédits

Jacques S. Guillon & Associés, firme de design fondée à Montréal en 1958, Maquette du wagon du Métro de Montréal, 1963 pour la Commission de transport de Montréal. Résine polyester, caoutchouc, acier, vinyle, bois et peinture, 17 × 79,5 × 17,3 cm. MNBAQ, don de Morley Smith (2000.130)

Lampadaire d'expo 67

Texte: Paul Bourassa, commissaire de l'expositon Arts décoratifs et design du Québec.

« En 67, tout était beau. C’était l’année d’l’amour, c’était l’année d’l’Expo », dit la chanson de Beau Dommage. Presque cinquante ans plus tard, il reste peu de témoins matériels de ce gigantesque happening qui, le temps d’un été, a fait de Montréal le centre de l’univers.

Plusieurs réalisations marquantes ont fait les délices des revues d’architecture de l’époque, que l’on pense au dôme de Buckminster Fuller pour le pavillon des États-Unis, devenu la Biosphère, au pavillon du Québec de Papineau, Gérin-Lajoie et Le Blanc, aujourd’hui converti en casino avec l’ancien pavillon de la France, ou à Habitat-67 de Moshe Safdie. Ce sont essentiellement les seuls survivants de ce formidable événement. Si la qualité du design graphique, sous la responsabilité de Paul Arthur, et la facture inventive de plusieurs expositions, dont celle de Gustave Maeder pour le Québec, sont alors soulignées, c’est surtout le mobilier urbain qui s’attire de nombreux éloges. Tous les observateurs en louangent la conception d’ensemble, l’effet unificateur et l’élégance.

Comprenant kiosques d’information, lampadaires, bancs, poubelles, bacs à fleurs, fontaines, boîtes aux lettres, cabines téléphoniques et horloges, le mobilier urbain est l’œuvre de Luis F. Villa et Frank A. Macioge, deux jeunes architectes de Philadelphie. Dans son portrait de l’Exposition universelle de Montréal, Robert Fulford y va de ce commentaire enthousiaste: « M. Villa répéta en maints endroits le motif du triangle; les bancs étaient faits de planches reposant sur des triangles de béton, les plantes décoratives poussaient dans de simples boîtes triangulaires de béton, les fontaines reposaient sur des bases en béton. Le chef-d’œuvre de Villa, supérieur encore à ses cabines téléphoniques, ce fut sans doute ses multiples lampadaires. Chaque réverbère était fait d’un réflecteur translucide en fibre de verre disposé au sommet d’un poteau à la base duquel se trouvait un cylindre. Un rayon lumineux intense jaillissait du cylindre, frappait le réflecteur, qui le diffusait. La source lumineuse elle-même étant cachée, il n’y avait pas d’éblouissement. La nuit, le long des pièces d’eau surtout, cet éclairage était féerique. »

Les documents d’époque l’attestent: le mobilier urbain de Villa et Macioge est une réussite, mais il n’en reste que quelques vestiges. Heureusement, et c’est là la mission fondamentale d’un musée, un lampadaire est à tout jamais préservé et témoigne de sa gloire passée « sur une île inventée sortie de notre tête, toute aux couleurs de l’été », comme le disait la chanson officielle d’Expo 67 écrite par Stéphane Venne.

Crédits

Luis F. Villa et Frank A. Macioge (Colombie, 1934 ; Columbus, États-Unis, 1938 – Lenox (Etats-Unis), 2009), Lampadaire d’Expo 67, 1966, pour la Compagnie canadienne de l’Exposition universelle de 1967. Béton, acier, fibre de verre et dispositif électrique, 375 × 152,5 × 152,5 cm. MNBAQ, don de la Société du parc Jean-Drapeau (2000.131)

AFFICHE ET MAQUETTE 

À l'entrée de la salle de l'exposition Arts décoratifs et design du Québec, voyez une des nombreuses affiches de l'exposition universelle de Montréal ainsi que la maquette du logo, réalisé par Julien Hébert.

Paul Bourassa, commissaire de l'exposition Arts décoratifs et design du Québec, explique en 2007 dans la publication Québec en design:

"Dans le domaine du graphisme, le logo de Julien Hébert, conçu en 1963, demeure encore aujourd’hui une icône. Les différentes planches qui composent les maquettes de présentation en expliquent le sens, la portée et les applications. Accepté en août par la Compagnie canadienne de l’Exposition universelle, puis refusé par le gouvernement en décembre, notamment à cause de la charge menée par l’opposition et surtout par son chef, John Diefenbaker, ex-premier ministre du Canada, le logo est de nouveau approuvé par la CCEU puis finalement entériné le 26 mars 1964 par le gouvernement, malgré l’opposition renouvelée des conservateurs. Cautionnement ultime, le symbole s’est vu couronné du premier prix par un jury new-yorkais lors de la 13e Exposition annuelle d’art graphique et publicitaire dans les imprimés et la télévision organisée par l’Art Directors Club de Montréal."

Crédits

Studio Guy Lalumière, Affiche « Expo 67. Photo », 1967. Offset, 76,3 cm × 50,8 cm. MNBAQ, Transfert du Fonds d’archives institutionnelles à la collection permanente (2000.213)

Crédits

Julien Hébert, Maquette pour le logo de Terre des Hommes (Expo 67). Carton 1, le symbole1963. Sérigraphie et collage, 43,2 cm × 66,3 cm. MNBAQ, don de la succession Julien Hébert (1994.194.02)

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LA CHAISE "EXPO 67"

Texte: Paul Bourassa, commissaire de l'expositon Arts décoratifs et design du Québec.

Habitat 67 de Moshe Safdie est probablement le projet architectural relié à l’Exposition universelle qui a le plus retenu l’attention des médias et de la presse spécialisée. Au-delà de la thèse architecturale, Habitat est considéré dans le contexte d’Expo 67 comme un « pavillon thématique » ouvert au public. Sa réalisation s’inscrit dans le cadre du thème « L’Homme dans la cité », une vision de l’habitation urbaine développée dans un pavillon avoisinant. Habitat devient en quelque sorte la démonstration concrète d’une vision d’avenir que l’Exposition veut projeter. Quelques unités sont finalement réservées pour être aménagées par des designers canadiens, dont cinq de Toronto (Jerry Adamson, Alison Hymas, David Bodrug, Robert Kaiser et Hugh Spencer) et trois de Montréal : Sigrun Bülow-Hube, Christen Sorensen et Jacques Guillon. Pour sa part, Christen Sorensen, d’origine danoise et arrivé au Canada en 1956, conçoit un divan de suède capitonné, des fauteuils hémisphériques et, surtout, une unité murale montée sur rail d’aluminium dessinée en gardant à l’esprit un encombrement minimal, afin d’ouvrir l’espace et de favoriser la vision vers l’extérieur.

chaise expo 67

Crédits

Christen Sorensen, Chaise « Expo 67 », 1967. Fibre de verre, acier chromé et plaid, 78 × 77× 67 cm. MNBAQ, don de Stéphane Cauchies (2012.01)

 

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