Petite histoire (de l'art) par Isabelle Picard, ethnologue spécialiste des Premières Nations
21 novembre 2018

L’art. Difficile d’en donner une définition tangible, concrète. Il en existe bien quelques-unes plus officielles mais n’y aurait-il pas présence d’art quand les sens et la sensibilité sont interpellés ? Il est vrai que pour moi, l’art se veut pour moi une véritable porte ouverte sur l’âme de l’artiste, un moyen de communication abstrait, mais drôlement efficace, entre êtres humains dans leur définition la plus sentie.  

Mon plus vieux souvenir de l’art provient sans doute du préscolaire où dans mon village, qu’on appelait en ce temps le Village-Huron, maintenant Wendake, on apprenait dès l’âge de quatre ans le perlage, le tressage et les balbutiements de l’artisanat. Cet artisanat, longtemps vu comme un art de seconde classe, retrouve maintenant sa place, voire un rang de noblesse, dans l’art autochtone.  

Justement, est-ce que cet art autochtone, sous toutes ses formes et médiums, n’a pas été, lui également, relégué au rang d’art de seconde zone dans le monde des arts pendant des siècles ? Est-ce que le fait que l’art autochtone s’exprimait au début de la colonie sur des écorces de bouleau, du cuir, des coquillages, des os et des griffes, des teintures de plantes, des matières naturelles (d’autres auraient dit sauvages) n’aurait pas contribué au fait que cet art était peu reconnu dans un contexte où on voulait transformer les Indiens en Français en Nouvelle-France ou les assimiler après la conquête britannique et dans le Canada actuel ? 

Pourquoi retrouve-t-on si peu d’art autochtone dans les musées d’art ? Pourquoi les oeuvres d'art autochtones ont longtemps été classées comme des objets ethnographiques et se retrouvent plutôt dans les musées d’histoire ou d’ethno-histoire à côté des outils, de canots et des os humains (parce que oui, certains musées d’histoire comptent encore des os d’Autochtones dans leur réserve) ? 

Pour reconnaître l’art, le comprendre, pour pouvoir ouvrir ces portes sur l’âme dont je parlais tantôt, ne faut-il pas connaître aussi un peu de la culture, de la vision du monde et de l’histoire du peuple d’où est issu l’artiste ? Or, la lumière récente faite sur des pans de l’histoire du Canada démontre clairement que pendant plusieurs siècles, la tendance en termes de relation avec les Autochtones était surtout à l’assimilation, à la colonisation. On n’a qu’à penser aux pensionnats autochtones, à la rafle des années soixante et bien sûr, à la Loi sur les Indiens

Skawennati, Family in the Sky (2017) Collection Prêt d'oeuvres d'art du Musée national des beaux-arts du Québec © Skawennati

Or, dans un tel contexte, l’art autochtone ne devient-il pas lui aussi le témoin d’un temps révolu, celui qu’on ne voudrait plus voir ou du moins reconnaître à sa juste valeur ? Est-ce que l’art, dans la société dite occidentale, n’est pas le propre des gens instruits et civilisés ? Est-ce que ce mode de pensée expliquerait la rareté de l’art autochtone dans les musées d’art au Québec comme au Canada ?

Heureusement, l’histoire semble se réinventer dans une relation qui veut être redéfinie entre Autochtones et Allochtones. De plus en plus, les institutions font une place grandissante aux Autochtones non seulement dans leurs collections mais aussi dans la présentation de ces collections, de ces œuvres auxquelles on donne un regard nouveau, souvent porté par les Autochtones eux-mêmes pour une meilleure compréhension de l’âme de l’autre. Il était temps.

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