Petite histoire (de l'art) par Isabelle Picard, ethnologue spécialiste des Premières Nations
21 novembre 2018

D’emblée je vous le dis, Zacharie Vincent Telariolin, artiste huron-wendat, n’est pas le dernier des Hurons. Peut-être que cette appellation donnait au portrait d’Antoine Plamondon qui a peint l’artiste wendat une plus grande valeur, mais ce ne saurait être plus faux puisque nous somme plus de 3000 aujourd’hui.    

Né en 1815 à la Jeune-Lorette, aujourd’hui Wendake, Zacharie Vincent pratique le dessin et la peinture dès l’enfance. Inspirés par sa culture mais aussi par des peintres tels Cornelius Krieghoff et Théophile Hamel comme en font fois ses paysages et scènes de genre, Vincent sera nommé Chef de Guerre en 1845 et il participera activement à la vie de sa communauté. Outre la peinture, il s’intéressera à l’artisanat et à l’orfèvrerie. Connaissant bien le territoire, il sera également guide de chasse en forêt pour les non-Autochtones.  

On dit que l’œuvre de Zacharie Vincent serait évaluée à plusieurs centaines de peintures, esquisses et dessins. À une époque où les peintres en vogue peignaient des Autochtones plutôt passifs dans des illustrations exotiques ethnocentriques, Zacharie viendra présenter des personnages fiers et des scènes complexes qui traduisent tantôt les changements socio-culturels rapides et obligés, tantôt peut-être cette résistance aux changements. 

L’adage « Nul n’est prophète en son pays » sied très bien à l’histoire de Zacharie Vincent. Ce n’est d’ailleurs que plus récemment que son œuvre a été reconnue à juste titre dans notre communauté. Plus jeune, j’ai entendu de nombreuses histoires sur l’artiste, les plus navrantes sans doute. Seulement, quand on y regarde un peu mieux et qu’on étudie la vie de Vincent, on peut supposer que ses moments de faiblesses étaient sans doute le résultat de l’appropriation des terres et d’assimilation dictées notamment par la Loi sur les Indiens de 1876.

Il ne faudrait pas minimiser les impacts de la mise en réserve, des articles de cette loi encore existante qui empêchait de couper du bois, de chasser où et comme on le voulait, qui imposait le système politique des conseils de bande alors que Vincent était chef guerrier sous le système politique traditionnel.  

En effectuant une recherche plus poussée sur Zacharie Vincent et les autres artistes autochtones, je suis tombée plusieurs fois sur des articles et biographies écrits par Louise Vigneault, professeure au département d’histoire de l’art de l’Université de Montréal, spécialiste de l’art nord-américain. Mme Vigneault et l’une de celles qui a contribué à mettre en lumière l’œuvre de Zacharie Vincent et surtout approfondir le regard qu’il pouvait avoir à travers ses œuvres sur la représentation des Autochtones au 19e siècle. L’étude du sujet sous un tel angle ne se veut pas anodine et contribue à saisir par la peinture et autres dessins de Vincent, toute la complexité de l’époque pour la nation huronne-wendat et pour lui-même.  

On pourrait presque dire que les œuvres de Vincent sont aujourd’hui reconnues comme étant le témoin d’une époque, le chaînon manquant, version autochtone, entre la période traditionnelle et la période qui suit l’imposition de la Loi sur les Indiens.  

Vigneault, à travers ses recherches sur Zacharie Vincent, s’est aussi intéressée aux autres artistes visuels autochtones contemporains ou du siècle dernier. Le corpus de recherche qu’elle et son équipe ont amassé grâce à un projet du Conseil de recherches en sciences humaines : « Enjeux stratégiques et esthétiques de l’art autochtone au Québec. Zacharie Vincent (1815-1886) et ses héritiers » (2012 – 2016) se veut important et unique. Alors que certains voient encore l’art autochtone comme mineur ou exotique Vigneault s’est intéressée à des dizaines d’artistes de toutes les nations autochtones du Québec. Merci Madame Vigneault pour votre contribution importante !  

 

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