Petite histoire (de l'art) par Isabelle Picard, ethnologue spécialiste des Premières Nations
5 février 2019

On apprenait dans Le Soleil, le 23 janvier 2019, que l’Université Notre-Dame, l’un des établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux des États-Unis, avait pris la décision de couvrir des fresques murales mettant en scène Christophe Colomb. Ces douze fresques peintes à la fin du 19e siècle, considérées comme donnant une image faussée et stéréotypées de l’histoire de l’Amérique, mettent en scène plusieurs moments forts de la vie de l’explorateur. 

Le président de l’université, John Jenkins, écrit dans une lettre ouverte que les fresques se voulaient « au mieux aveugles aux conséquences du voyage de Colomb pour les peuples indigènes qui vivaient dans ce « nouveau » monde et au pire, dégradantes pour eux. » 

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La question se pose : va-t-on trop loin ? Est-ce que de recouvrir des œuvres parce qu’elles ne correspondent plus à ce qui est acceptable dans la lecture de l’histoire de l’Amérique coloniale se veut la solution de choix ? 

Il existe plusieurs écoles de pensée à ce sujet. L’une d’elle veut qu’une mise en contexte solide suffise à garder les œuvres. L’autre, plus radicale, veut qu’on détruise, couvre ou enlève les œuvres en question. Si on me posait la question, l’une comme l’autre ont leurs limites et leurs faiblesses. 

La première option permet en effet une plus grande connaissance d’une œuvre et de son époque, des courants de pensées et événements marquants qui ont sans aucun doute influencés jusque dans une certaine mesure son ou ses créateurs. Cette mise en contexte doit être suffisante et souvent faite par le biais d’un écrit juxtaposé à l’œuvre ou encore par le biais du discours des guides ou des spécialistes de la visite guidée. Si on ne lit pas la notice ou qu’on ne participe pas à la visite, on passe à côté de tout ce contexte et on demeure peut-être avec cette idée faussée et stéréotypée de l’événement. Cette solution n’est alors bonne qu’en partie. 

La seconde option qui vise à détruire, couvrir ou enlever l’œuvre n’aidera pas non plus à mon avis puisqu’il nous sera impossible d’élever le discours critique face à une époque si on ne peut être confronté à ses témoins. Une époque et une vision des choses qui fait partie de l’histoire de l’Amérique et qui a aussi fait en sorte que la pensée a évoluée jusqu’à devenir celle qu’elle est aujourd’hui, une pensée plus critique certes. Enlever un maillon à l’interprétation de l’histoire ne se veut pas non plus une solution idéale. 

Alors, que fait-on ?  

S’il existait une troisième option. Si, dans ce cas précis par exemple, on offrait aux Premières Nations la possibilité de créer des œuvres de même taille sur le même sujet et au même endroit, offrant ainsi leur vision des choses, un peu comme une réplique ? Est-ce que cet écho d’ordre similaire ne permettrait pas à la fois de conserver une vision ancienne, voir ethnocentrique du colonialisme à ses débuts mais aussi de faire avancer le débat, de permettre une interprétation plus juste des événements avec deux regards sur un même thème ?  

La solution se trouve peut-être dans un accroissement du nombre de présentations ou d’expositions d’œuvres artistiques autochtones, d’une offre augmentée, permettant ici une influence grandissante et plus égale dans une lecture de l’histoire qui se base sur notre construit, un construit individuel et social qui évoluera et qui changera, encore et toujours. 

1 Commentaire

Si on permet aux premières nations de créer leurs propres œuvres, il faudrait miser sur un style artistique comparable à celui de l’époque des peintures de Colomb.

Fernand Cloutier

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