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Dans Mes Fantômes Arméniens, présenté au Festival international du film de Berlin (Berlinale) en 2025, Tamara Stepanyan explore l’histoire méconnue du cinéma arménien en engageant un dialogue intime avec son père décédé, l’acteur Vigen Stepanyan.
Mêlant extraits de films classiques, vidéos familiales et voix-off adressée à son père, le documentaire met en regard mémoire personnelle et héritage collectif. Vibrant, poétique et universel, le film révèle un cinéma façonné par le génocide, les exils, les guerres et l’instrumentalisation à des fins de propagande soviétique, tout en célébrant la résilience, la création et l’identité d’un peuple.
Compétition internationale - longs-métrages
Première partie : court-métrage Femme forêt
Filmographie :
Village des femmes (2019)
Ceux du rivage (2016)
Braises (2012)
19 février (2011)
Petites pierres (2010)
Biographie disponible en anglais seulement
Katherine Messier est finissante au baccalauréat en cinéma à l’Université du Québec à Montréal, avec une concentration en études féministes, après avoir complété un certificat en scénarisation cinématographique. Orientant sa pratique vers la réalisation, elle s’intéresse particulièrement à la représentation des femmes à l’écran ainsi qu’à ses origines hispaniques, qu’elle aborde à travers des démarches intimes et poétiques. Femme forêt est son premier film expérimental et essai en Super8.
Notes biographiques fournies par l’équipe du film
Le 19 janvier 2020, j’ai perdu mon père, Vigen Stepanyan, de manière soudaine et brutale. Mon père était comédien, au théâtre comme au cinéma. Il était très populaire en Arménie : on le reconnaissait dans la rue, et ses funérailles ont rassemblé des figures politiques, des personnalités du monde artistique avec lesquelles il avait collaboré, ainsi que de nombreux anonymes venus lui rendre hommage. Il est enterré au Panthéon de Tokhmakh, le Panthéon arménien.
La douleur causée par la perte d’un père est impensable et impossible à décrire. Je ne tenterai donc pas de le faire. Ce que je sais, en revanche, et ce que je peux dire, c’est que le chagrin provoqué par sa mort a été d’autant plus intense que j’imaginais que nous avions encore beaucoup de temps pour parler. J’aimais imaginer nos conversations futures, au cours desquelles je lui parlerais de mes projets de films et où, de son côté, il me raconterait sa vie de comédien, avec ses hauts et ses bas et ses anecdotes, certaines drôles (voire truculentes), d’autres plus graves. Je lui avais même conseillé d’écrire ses mémoires. Aujourd’hui, notre dialogue est rompu à jamais. Mon père n’écrira jamais ses mémoires.
My Armenian Phantoms est né de ce dialogue interrompu, de ces souvenirs jamais écrits. De la manière dont la disparition de mon père a ouvert en grand pour moi les portes du passé. Le passé arménien. Et le passé du cinéma. Les deux étant intimement liés. En commençant à dialoguer avec son fantôme, en recherchant et en rassemblant les traces de sa carrière passée, en revisitant les films dans lesquels il a joué, j’ai rencontré d’autres fantômes de l’histoire du cinéma arménien. C’était comme si le fantôme de mon père m’avait pris par la main et m’avait conduit dans un cercle de fantômes liés, d’une manière ou d’une autre, au monde du cinéma.
D’où le désir de raconter l’histoire de ce cinéma, peu connu à l’étranger, à travers un film. D’offrir un voyage cinématographique personnel à travers l’histoire du cinéma arménien. Un cinéma organiquement lié à un univers politique, social et culturel aujourd’hui disparu : l’Union soviétique. Le cinéma arménien est étroitement lié à l’histoire de l’empire soviétique. Il commence en 1925 avec Namous (Honneur, Hamo Bek-Nazarov) et s’interrompt pendant plus de dix ans après le tournage de Karot (Nostalgie, Frunze Dovlatian, 1990), lorsque l’URSS est démantelée et que l’Arménie, après soixante-dix ans, redevient une nation indépendante. Une nation indépendante, certes, mais en partie nostalgique de son passé soviétique, au point d’avoir des difficultés à écrire son histoire au présent.
(…)
My Armenian Phantoms est un film sur mon dialogue avec les fantômes du cinéma arménien, en suivant le chemin libre et subjectif de mes souvenirs, de mes émotions et de mes pensées. Un film dans lequel je tente de saisir les traces, les braises, les quelques lueurs qui continuent, malgré tout, de briller. D’autant plus que le cinéma arménien soviétique a très peu voyagé et demeure, malgré les trésors qu’il recèle, exclusivement connu du public arménien. La preuve en est ce fait étonnant et significatif : à l’étranger, les cinéphiles ne retiennent que deux noms dans l’histoire du cinéma arménien — Pelechian et Paradjanov — précisément deux cinéastes qui ont travaillé en marge du système de production soviétique.
- Tamara Stepanyan