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LoginMontréal, 1923 - L'Isle-aux-Grues, 2002
Jean Paul Riopelle naît à Montréal le 7 octobre 1923. Très jeune, il développe un intérêt pour le dessin, la peinture et l’observation de la nature. Adolescent, il suit des cours auprès du professeur Henri Bisson. Cette éducation nourrit son regard sur le paysage, la lumière et le monde vivant, des éléments qui marqueront toute son œuvre.
Après un passage à l’École polytechnique de Montréal et à l’École des beaux-arts, il suit les enseignements de l’École du meuble. Sa rencontre avec Paul-Émile Borduas y est déterminante. Au contact de l’avant-garde montréalaise, Riopelle abandonne rapidement les approches académiques pour développer une peinture plus libre et spontanée. Il participe à l’émergence des Automatistes, groupe crucial dans l’histoire de l’art québécois moderne qui privilégie la spontanéité du geste et l’exploration de l’inconscient.
En 1948, Riopelle signe le manifeste Refus global, texte majeur de la culture québécoise contemporaine. Le manifeste critique le conservatisme de l’époque, attaque la raison dominante et réclame plus de liberté artistique et intellectuelle. Cette prise de position fait de Riopelle une figure décisive de la modernisation culturelle du Québec.
À partir de la seconde moitié des années 1940, Riopelle voyage aussi à New York et à Paris, où il découvre d’autres scènes artistiques et se rapproche des milieux surréalistes. Ces expériences nourrissent sa démarche et renforcent son désir de développer une peinture affranchie des conventions.
À la fin des années 1940, l’artiste s’installe à Paris avec son épouse Françoise Lespérance, avec qui il aura deux filles, Yseult et Sylvie. Il y découvre un environnement artistique en pleine transformation et affirme tôt une voix singulière parmi les peintres de l’après-guerre. Il y fréquente de nombreux artistes et écrivains, dont plusieurs membres du mouvement surréaliste.
À Paris, il fréquente plusieurs artistes, écrivains et galeristes influents. Cette période lui permet de s’intégrer aux réseaux internationaux de l’art moderne. Sa première exposition personnelle attire l’attention sur la force et le caractère de sa peinture. Il devient vite l’un des artistes canadiens les plus visibles en Europe.
Dans les années 1950, Riopelle développe les larges compositions qui feront sa renommée. Ses toiles sont construites par accumulations de touches épaisses et de fragments colorés appliqués au couteau à palette. Cette technique, souvent comparée à une mosaïque, donne à la peinture une forte densité matérielle.
Même si son travail est parfois rapproché de l’expressionnisme abstrait et de l’abstraction lyrique, Riopelle refuse les catégories trop strictes. Pour lui, la nature demeure une source essentielle d’inspiration. Ses œuvres évoquent les paysages, les glaces, les feuillages, les oiseaux migrateurs et les phénomènes atmosphériques sans représenter directement le réel.
En plus de la peinture, Riopelle explore la gravure, la lithographie, la sculpture, le bronze et différentes techniques mixtes, dont certains procédés liés à l’aérosol. Cette curiosité constante témoigne de son intérêt pour les possibilités matérielles de l’art.
Dans les années 1950 et 1960, la reconnaissance internationale de Jean Paul Riopelle se confirme. À partir de 1954, le galeriste Pierre Matisse présente régulièrement les œuvres de l’artiste à New York, dans le cadre d’expositions solos. Il ouvre ainsi de nouvelles avenues à l’artiste.
Il représente notamment le Canada à la Biennale de Venise, une des manifestations les plus visibles dans le monde de l’art, en 1954 puis en 1962, année où il reçoit un prix de l’UNESCO. Au fil des décennies, son œuvre est exposée dans de nombreux musées et intégrée à d’importantes collections ouvertes au public, dont celle du Musée d’art moderne de New York en 1954. Cette visibilité contribue à faire de lui l’un des premiers artistes canadiens à connaître une carrière internationale aussi riche.
Riopelle fait son entrée à la prestigieuse Galerie Maeght en 1966. Il rejoint des artistes aussi réputés qu’Alberto Giacometti et Joan Miró. Il travaille à Paris, où il s’initie à la pratique de l’estampe. Riopelle réalisera plus de 400 estampes originales au cours de sa longue carrière. Au fil des décennies, son travail est présenté dans de nombreux musées et collections d’influence.
À partir de 1968, Riopelle séjourne de plus en plus souvent au Québec. Il se fait construire en 1974 une maison-atelier à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, dans les Laurentides. En1976, La Joute, une sculpture-fontaine à laquelle l’artiste travaille depuis plusieurs années, est installée au Parc olympique de Montréal pour les Jeux de la xxie Olympiade. Elle se situe actuellement dans le Quartier international de Montréal, sur la Place Jean-Paul Riopelle.
La nature occupe une place primordiale dans l’œuvre de Jean Paul Riopelle. Les paysages du Québec, le fleuve Saint-Laurent, les forêts, les oiseaux, la neige et les variations saisonnières nourrissent son imaginaire.
La nature apparaît autant dans les sujets que dans la matière même de la peinture. Elle se retrouve dans les couleurs, les rythmes et l’énergie de ses surfaces picturales. Cette relation entre abstraction, paysage et geste explique en bonne partie la place unique qu’occupe Riopelle dans l’histoire de l’art moderne canadien. À partir des années 1960, les animaux deviennent très présents dans son travail. Comme un totem, le motif du hibou se trouve régulièrement répété. L’oie prédomine dès 1976.
Parmi ses œuvres les plus célèbres compte L’Hommage à Rosa Luxemburg (1992), vaste composition réalisée à l’aérosol après le décès de la peintre américaine Joan Mitchell, avec qui Riopelle a entretenu une relation sur près de 25 ans après leur rencontre à Paris dans les années 50. Leur dialogue artistique, nourri d’admiration, de vives tensions et d’échanges constants, accompagne une période essentielle de leur carrière.
Cette œuvre monumentale combine intensité émotionnelle, ampleur visuelle et maîtrise de l’espace pictural. Elle montre aussi la capacité de Riopelle à renouveler son langage tout au long de sa vie. L’Hommage est souvent interprété comme l’une des expressions les plus bouleversantes de la maturité de l’artiste.
Riopelle incarne la fougue créatrice et l’ouverture de l’art québécois sur le monde. Son parcours illustre comment un artiste né à Montréal a profondément transformé l’histoire de l’art moderne au Québec et au Canada.
En 1981, il reçoit le prix Paul-Émile-Borduas, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec, pour sa contribution remarquable au domaine des arts visuels. C’est aussi l’année d’une rétrospective de sa peinture organisée par le Musée nation d’art moderne de Paris, présentée ensuite à Québec, Montréal, Mexico et Caracas.
Plusieurs doctorats honoris causa lui ont été remis, dont ceux de l’Université du Manitoba (1972) et de l’Université McGill (1968). Il a été élu Compagnon de l’Ordre du Canada en 1969 et a remporté le Grand Prix de la Ville de Paris (1985). Il est reconnu comme grand officier de l’Ordre national du Québec en 1994.
Celui qui est estimé comme l’un des plus extraordinaires artistes de sa génération décède le 12 mars 2002 à L’Isle-aux-Grues. Des funérailles nationales sont organisées en sa mémoire par le Gouvernement du Québec. Il laisse une œuvre considérable, toujours présente dans les musées, les expositions et les publications consacrées à l’art moderne.
Encore aujourd’hui, ses œuvres continuent d’alimenter la recherche, les expositions et les publications spécialisées. Cette postérité confirme la portée exceptionnelle de sa démarche et la place centrale qu’il occupe dans l’histoire de l’art moderne. Le Musée lui consacre un espace d’envergure internationale, l’Espace Riopelle — Pavillon Michael Audain, pour abriter sa collection et pérenniser son œuvre, ouvert à l’automne 2026.
Ce tableau de jeunesse montre déjà l’intérêt de Riopelle pour le paysage québécois et pour les recherches picturales qui marqueront sa carrière.
Cette toile annonce le style en mosaïque développé par l’artiste dans les années 1950. La surface est construite par une accumulation de matière et de lignes dynamiques.
Cette remarquable composition associe densité, mouvement et énergie dans une composition inspirée de la nature.
Après plusieurs voyages dans le Nord, Riopelle réalise des œuvres inspirées des glaces et des paysages arctiques.
L’Hommage à Rosa Luxemburg (1992)
Cette œuvre monumentale réalisée à la fin de sa carrière est souvent considérée comme un sommet de son art et comme un véritable testament artistique.