Passion hivernale | Morrice

Petite histoire (de l'art) par Sarah Mainguy, détentrice d'une maîtrise en histoire de l'art de l'UQAM.
11 mars 2016

La collection d’œuvres d’art de l’homme d’affaires et philanthrope Pierre Lassonde, présentée dans l'exposition Passion privée, est le fruit de l’exercice de l’œil averti du collectionneur, qui avance patiemment, ne voulant acquérir que ce qu’il y a de mieux. S’en dégage également un amour pour le paysage, et plus particulièrement pour les scènes d’hiver, cette saison qui définit véritablement le Québec.

Nous souhaitions aborder ce sujet du paysage hivernal dans une série de billets de blogue décrivant près d'une vingtaine d'œuvres présentées en salle d’exposition.

Pour cet article, Sarah Mainguy, détentrice d'une maîtrise en histoire de l'art de l'UQAM, décrit Fin de journée, Beaupré de James Wilson Morrice.

Fin de journée, Beaupré de James Wilson Morrice
James Wilson Morrice, Fin de journée, Beaupré, 1897. Huile sur toile, 43 x 60,5 cm. Collection Pierre Lassonde.

Le tableau Fin de journée, Beaupré a été peint lors du premier voyage de Morrice sur la Côte-de-Beaupré, voyage au cours duquel il aurait fait la connaissance de Maurice Cullen. On a souvent souligné l’importance de ce voyage, puisque c’est à ce moment que la palette de Morrice serait passée des grisailles et des demi-teintes empruntées à Whistler aux couleurs beaucoup plus claires de Cullen. Or, comme le souligne Lucie Dorais, « le passage de la sphère d’influence de Whistler à celle de Cullen ne s’est cependant pas accompli du jour au lendemain ». Plusieurs œuvres peintes à cette époque constituent une sorte d’entredeux. Ainsi, par son atmosphère mélancolique et ses sombres harmonies associées à la représentation du crépuscule, Fin de journée, Beaupré place toujours Morrice dans le sillage de Whistler.

Comme l’a bien décrit Madeleine Landry, Beaupré faisait figure de véritable colonie d’artistes au tournant du XXe siècle. Plus d’une vingtaine de peintres ont fréquenté ce petit village de la rive nord du fleuve Saint-Laurent, en aval de Québec. Cullen et Morrice faisaient partie d’une petite bande de six peintres qui y séjournaient plus régulièrement. Selon Landry, ces peintres n’ont pas choisi ce village au hasard : il leur permettait de refléter dans leurs œuvres des enjeux identitaires et nationalistes. En peignant cette petite communauté rurale comptant parmi les premières à avoir été colonisées au pays, ces peintres principalement anglophones auraient contribué à fournir des assises historiques et culturelles à la nation canadienne en reconnaissant l’apport des francophones à la construction du pays.

On peut cependant se demander à quel point ces questions identitaires préoccupaient Morrice, puisqu’il a passé la majorité de sa vie à l’étranger. Guidé surtout par les qualités esthétiques du paysage, peut-être s’est-il simplement laissé attirer à Beaupré par la popularité du lieu. Quoi qu’il en soit, ce qui ressort avant tout de Fin de journée, Beaupré, c’est cette impression de quiétude et d’intimité qu’on trouve dans tant d’autres œuvres peintes par l’artiste à la même époque.

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